La révolte des premiers de la classe

De Jean-Laurent Cassely

 


” On ne veut pas perdre sa vie à la gagner. ”

” Renoncer à une situation professionnelle perçue comme une aliénation… c’est finalement ne renoncer à rien du tout sinon à la perspective de déclassement. ”

” Réussir sa vie, c’est maintenant dépasser l’alternative métier confortable versus métier passion, pour allier les deux – à une époque ou ni l’un ni l’autre ne sont pourtant plus garantis. “


 

Ce livre est une analyse et une critique sur la situation actuelle de la formation en France et de la vie professionnelle qui en découle. L’auteur analyse ce qui pousse de plus en plus de gens, majoritairement jeunes diplômés de l’enseignement supérieur,  à quitter le salariat pour tenter une autre aventure. On trouve également dans ce livre quelques pistes de projets, ainsi que des exemples de personnes aillant fait leur reconversion professionnelle. Le but de ce livre n’est pas d’apporter de l’aide ou des conseils pour monter son entreprise.

 

Il est regrétable que l’auteur ait pris le parti de ne pas aborder les entreprises basées sur l’utilisation d’internet. Le livre n’aborde finalement que les entreprises de type commerce de proximité (bars à vins, à fromages, food truck, restaurant, ébéniste …etc) C’est bien, mais c’est selon moi avoir un train de retard… Je trouve dommage de faire l’impasse sur la question des business sur internet. Internet fera indéniablement encore partit de l’avenir.

 

De plus, internet permet de construire un business avec une visibilité sur la terre entière et avec des frais d’entré minimes… donc moins de risques financiers et potentiellement plus de clients… Sans compter, des conditions de travail plus simple. L’auteur précise d’ailleurs très bien qu’il a fait le choix de ne pas aborder ce point. C’est d’autant plus dommage, qu’après avoir énuméré les raisons valables pour lesquels il y avait de plus en plus de jeunes qui quittaient le salariat, l’auteur s’attaque aux déboires d’ouvrir des petits commerces de proximités…

 

Et selon moi il marque un point important :

En outre, il avance qu’à moyen terme, une grande partie des emplois salariés tertiaires en France vont être supprimés à cause de l’automatisation et de la délocalisation… et qu’il y aura alors moins de gens avec de l’argent pour aller profiter d’un bar á vin ou d’un restaurant. Donc, ces petits commerces seront peut être alors en difficultés. On va très certainement faire face à une période de vaches maigres dans les pays occidentaux, la ou le travail tertiaire sera de plus en plus détruit. Internet est donc peut être un bon moyen de passer à côté de ces problèmes?

 

La partie d’analyse et de critique est très poussée et intéressante, voici mes notes :

 

Sur les besoins des hommes dans leurs relations au travail :

 

  • Il est difficile de vivre sans avoir une image claire de sa contribution à la société.
  • L’homme a besoin de disposer d’une image mentale claire de sa contribution dans la chaîne de valeur.
  • Les hommes devraient avoir l’impression que leurs résultats sont mesurables en fonction de la quantité de travail effectuée.

 

 

 

Sur la critique du travail et de la situation des cadres dans notre société actuelle :

 

  • On voit depuis quelques années déferler une vague de jeunes urbains diplômés qui quittent leur emploi pour satisfaire une envie de faire, de réaliser quelque chose de concret plutôt que de gaspiller leur temps dans un emploi de cadre ou profession intellectuelle supérieure. Une dénomination devenue obsolète puisqu’ils n’encadrent plus grand monde, que le caractère intellectuel des tâches qu’ils effectuent est de moins en moins marqué et qu’enfin, la supériorité de leur position sociale est de plus en plus relative.
  • Cette enquête met au jour un malaise face à la révolution numérique, une impression tenace de ne servir à rien, un sentiment de vacuité, mais aussi une peur non dénuée de fondement, d’être la prochaine classe sociale à basculer hors de la catégorie des privilégiés.
  • Témoignage de Marie, une femme qui veut devenir crémière et qui travaillait avant dans le conseil : ‘’Mais comme beaucoup de jeunes consultants, elle souffre d’un sentiment d’illégitimité : je trouve que c’est mieux de travailler avant d’être dans le conseil. Tu es envoyé à 20 ans sur des missions pour voir des gens qui ont bossé pendant des années… on ne se sent pas forcement à l’aise. En apprenant quelle était sa nouvelle vocation, sa grand mère s’est écriée : toutes ces années études pour devenir crémière !
  • Les jeunes salariés de l’économie de la connaissance viennent au boulot et font ce qu’on attend d’eux. Sauf que dans leurs têtes, ils ont migré ailleurs, très loin de l’image qu’ils renvoient pour faire bonne contenance. Ce qu’ils fuient, c’est la perspective d’exercer un métier à la con.
  • Des troupes entières de gens en Europe et aux USA particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelles utilité.
  • Il y a une certaine difficulté pour un travailleur de bureau à percevoir sa contribution, très diluée dans des chaines de valeurs complexes.
  • Que produisent ces cadres? A proprement parler, rien ; le processus de production matérielle leur est même devenu opaque. Des informations numériques leurs sont transmises sur les objets du monde. Ces informations sont la matière première de statistiques, de calculs ; des graphs sont produits ; en bout de chaîne des décisions sont prises, de nouvelles informations sont réinjectées dans le corps social.
  • Il y a un décalage entre le niveau intellectuel requis pour obtenir un diplôme bac+5 et ce qu’exige le travail des cadres au quotidien… leur travail rime surtout avec réunions sans prises de décision, reporting, gestion des mails et travail administratif.
  • Il est difficile de passer du fantasme d’avant garde de la mondialisation à la réalité de bon soldat de la suite microsoft office.
  • Les cols blancs sont maintenant eux aussi victimes de la routinisation et de la dégradation du contenu de leurs taches.
  • Dans cette économie, ce n’est plus la santé physique du salarié qui est menacée, mais sa santé mentale.
  • Regroupant aujourd’hui 15 a 20% de la population active les cadres ont assistés à la banalisation de leur statut à mesure que leurs effectifs grossissaient.
  • Combien de bac+8 a la place d’un bac+5, lui-meme à la place d’un bac+3, à la place d’un bac tout court, à la place du gars qui a son brevet, lequel peut bien aller se faire foutre, il avait qu’à être bon en dictée?
  • Dans ces conditions, le choix de la filière ‘études supérieurs’ est-il encore un pari qui vaut la peine d’être tenu?
  • Il faut tout de même rappeler que le diplôme n’a jamais été autant nécessaire. C’est juste qu’il est de moins en moins suffisant pour trouver sa place dans la société.
  • Les difficultés financières et sociales qui ont écrasé les classes populaires au cours des dernières décénnies, se rapprochent dangereusement de leur (‘les cadres’) petit coin d’open space, jusque la relativement préservé.
  • Dans ces conditions, pour les jeunes diplômés qui achètent un bien immobilier et qui n’ont pas la chance d’être des héritiers, le contexte nouveau est à la fois celui de coûts exorbitants [l’endettement prenant des proportions extrêmes, tout comme l’effort financier lié au remboursement] associés à une prise de risques considérable : toute variation des marchés immobiliers ou simplement des aléas de la vie [rupture de carrière ou divorce, ou décès] peuvent déstabiliser l’ensemble de l’oeuvre d’une vie.
  • ‘On nous a promis la lune, un bon salaire, des responsabilités mais on met quinze ans à les avoir!’
  • Le phénomène de déclassement social des jeunes diplômés a tendance à rendre caduc le dilemme que devaient résoudre les générations précédentes : choisir entre un boulot à la con mais bien rémunéré, ou la voie risquée d’un travail passion.
  • Le contrat social qui, en échange du renoncement à la liberté, garantit un confort de vie assuré, ne fonctionne plus…surtout quand cette assurance devient illusoire.

 

 

 

Sur les motivations qui poussent les cadres à quitter leur boulot de salarié :

 

  • Il y a l’envie de faire du concret. Retrouver ou retourner à des valeurs peut-être plus simples et authentiques que l’on perd dans la vie de bureaux.
  • Déçus par un marché du travail ou dominent les luttes de pouvoir, l’absurdité bureaucratique…et l’ennui.
  • Les jeunes cadres sont paniqués à l’idée de ne rien faire d’intéressant et de mettre leurs capacités au service d’une cause dérisoire ou qu’ils réprouvent.

 

 

 

Sur les conséquences de ce changement de vie (passer du salariat à l’entreprenariat) :

 

  • Ceux qui quittent le salariat doivent alors consentir à troquer un certain confort en échange d’un projet de vie plus stimulant.
  • Le standing de vie a beau être revu à la baisse, la cote de popularité est, elle, réhaussée.
  • En abordant les entrepreneurs modernes de petit commerces de proximités ou artisanaux, Crawford va plus loin : il soutient que la connaissance fine, l’expertise de son secteur permet à un bon manuel d’exercer un métier désormais beaucoup plus intéressant stimulant intellectuellement et porteur de sens.
  • Et si, en changeant de métier, de cadre de travail et d’aspirations, ces nouveaux entrepreneurs étaient au contraire en train de reclasser, voire de surclasser, des secteurs dévalorisés?

 

 

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